Conférence anniversaire de l’ALLE avec Patrick Boucheron

Compte rendu de la conférence de

Patrick Boucheron

« Dante et la politique de l’amitié ou la tradition réinventée. »

 

C’est un très beau moment de savoir partagé qui nous a été offert à l’occasion des 10 ans de l’ALLE, le 4 mai 2018. Notre association, devant un public très nombreux, en présence de Madame la Proviseure du Lycée Henri IV, Martine Breyton, de Pascal Charvet, Inspecteur Général honoraire de l’Éducation nationale, corédacteur avec David Bauduin du Rapport Les Humanités au cœur de l’École, de l’Inspecteur Général, ancien Doyen de l’Inspection Générale des lettres, Paul Raucy, accueillait l’historien Patrick Boucheron, pour une conférence intitulée : Dante et la politique de l’amitié ou la tradition réinventée.

Avant de donner la parole à notre conférencier, la présidente Adeline Desbois et la fondatrice de la l‘association, Cécilia Suzzoni, ont rappelé les objectifs de l’ALLE, son souci de promouvoir un latin pluriel au service de toutes les disciplines fondamentales, un latin réconcilié avec la démocratie : c’était un vœux formulé par Yves Bonnefoy, il y a exactement 10 ans, dans cette même salle des conférences – l’événement a été rappelé avec l’émotion qui s’impose, s’agissant de ce grand poète qui a été d’une fidélité indéfectible envers notre association et ses travaux. L’accent a été mis aussi sur le mot du premier grand poète latin Ennius – le poète aux trois cœurs, aux trois langues, l’osque, le grec, le latin, dans lequel il écrira son œuvre – que nous avons choisi comme épigraphe de la page d’accueil de notre site : Volito vivus per ora virum, « Je vis et vole aux lèvres des vivants ». Un mot qui dit notre souci d’entretenir un latin à même de rappeler à la fois la force de cette langue, langue d’une culture commune à l’Europe intellectuelle pendant 18 siècles de vie active, première langue moderne de l’Europe, langue qui continue à nourrir de sa sève nos langues romanes, et nos savoirs divers.

Et justement le libellé et la teneur de la belle conférence de Patrick Boucheron ont évoqué la haute autorité langagière, intellectuelle, spirituelle de la figure de Dante, qui continue de rayonner dans le patrimoine collectif des littératures européennes. Un patrimoine cependant revu avec bonheur à l’aune du souci de le réinventer, soit le soustraire aux forces paralysantes d’une vision figée. Rappelant au passage que toute transmission des savoirs est par nature transgression, et citant le mot de Walter Benjamin, « Il y a une tradition qui est une catastrophe », Patrick Boucheron s’est livré à un éloge de la transmission qui via l’œuvre de Dante et tout particulièrement Il Convivio, Le Banquet, entend ne pas réserver « le pain des anges » du savoir aux seuls clercs. C’est avec une certaine jubilation que l’historien a fait revivre la figure d’un Dante dont il fait sonner les noms pluriels, particulièrement après son exil de Florence, au sein d’une brigata, une génération tout à la fois agitée, violente, éprise de discussions, et évoque les avatars « d’une vie délivrée en tant qu’elle fut libérée par les livres ». Aussi, quels que soient les malentendus, les trahisons qui ont jalonné la vie et l’œuvre du grand poète, inventeur de la langue italienne, toujours ce nom de Dante « retentira comme le chant de résistance de la haute culture ».

Sans surprise, c’est le début du chapitre du récit de Primo Levi Si c’est un homme (dont le titre même est une réminiscence d’un vers dantesque : Considerate se questo è un uomo), «  Le chant d’Ulysse », que rappelle et commente Patrick Boucheron pour donner l’exacte mesure de cette résistance dans la langue et dans la mémoire culturelle, qui culmine dans ces vers du XXVIe chant de l’Inferno du grand poème de Dante, la Comedia :

Considerate la vostra semenza:

Fatti non foste a viver come bruti

Ma per seguir virtute e conoscenza.

 

Considérez votre semence :

Vous ne fûtes pas faits pour vivre comme des bêtes

Mais pour suivre vertu et connaissance.

 

On pourra se reporter, pour un meilleur éclairage de cette conférence, à l’essai de Patrick Boucheron, Au banquet des savoirs. Éloge dantesque de la transmission (Presses universitaires de Bordeaux, Collection « Leçons de sciences en Aquitaine », 2015).

Compte rendu par Cécilia Suzzoni de la conférence anniversaire de l’ALLE, le 4 mai 2018, Lycée Henri-IV. (Vous pouvez télécharger ce compte rendu ici.)

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